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vendredi, 04 avril 2008
Marrou et la paideia, deuxième partie
Reprenons et intéressons-nous à présent à l'institution qu'est l'école sous la Rome antique et à son enseignement
4. Les écoles romaines : l'enseignement primaire
L'enseignement primaire est apparu dès le VIième siècle avant notre ère, sous l'influence étrusque et n'a pas disparu. A sept ans, les enfants vont à l'école primaire et en sortent à onze ou douze ans. Les enfants (filles et garçons mélangés) ont école le matin et une partie de l'après-midi. Souvent, les élèves sont accompagnés jusqu'à l'école par un "pédagogue" pour qu'ils ne fassent pas de mauvaises rencontres sur le chemin.
Les écoles primaires sont les écoles les plus courantes : on y apprend à lire et à écrire, de façon simultanée. D'abord, on étudie l'alphabet, dans l'ordre puis dans le désordre. Puis les enfants apprennent des maximes morales , les lisent, les écrivent.
Ils récitent également des petits textes, et sous l'Empire, on apprend le vocabulaire du calcul. Quant au maître, son statut d'enseignent le place au plus bas de la société, et il est donc très mal payé. L'enseignement est souvent sévère : "pour tous les Anciens, le souvenir de l'école est également celui des coups" (p.71). Du coup, à la fin du premier siècle, des théoriciens commencent à douter des méthodes pédagogiques brutales. Ils suggèrent un enseignement qui soit plus doux, fondé sur l'émulation, le plaisir, la récompense du travail bien fait. Cela provoque donc une indulgence croissante au fil des ans, qu'il faut relativiser : au quatrième siècle, l'enseignement est presque le même qu' au temps d'Horace.
L'enseignement primaire ne diffère donc en rien du grec, tant dans son contenu que dans sa forme sévère et brutale, qui vient également de le Grèce antique.
5. Les écoles romaines : l'enseignement secondaire
A onze ou douze ans l'enfant accède à l'enseignement secondaire, ou du moins l'enfant d'une riche famille aristocratique. En effet, cet enseignement est réservé à l'élite. Le grammaticus , le maître d'école a une situation un peu meilleure que son collègue qui apprend à lire et à écrire. Mais il reste pauvre : il gagne en un mois ce qu'un ouvrier qualifié gagne en quatre jours. L'enseignement secondaire est idem que celui des Grecs.
L'étude de la grammaire comporte deux thèmes majeurs, à savoir, l'étude théorique de la bonne langue et l'explication des poètes classiques.
Au fil du temps, la grammaire devient moins théorique, plus usuelle. Mais ces progrès sont certes réels, mais très lents. L'étude de la grammaire reste dans l'ensemble très théorique : "la grammaire enseigne l'inventaire matériel employé par les grands écrivains classiques" (p.78). Les poètes les plus étudiés sont Virgile, Térence, Salluste et bien-sûr le grand Cicéron. Des séances de lecture des grands poètes sont souvent faites : les élèves lisent chacun leur tour, puis le "grammaticus" fait un commentaire de la forme, et du fond.
6. Les écoles romaines : l'enseignement supérieur
L'enseignement supérieur est consacré à l'enseignement de l'art oratoire.
Le maître, le rhéteur, a une situation plus élevée que le "grammaticus", puisqu'il est payé quatre fois plus. Quelques rhéteurs ont même réussi à faire fortune, et même à avoir des fonctions de la plus haute importance dans l'Etat, tel Eugène le rhéteur devenu empereur. Le jeune noble romain peut accéder à l'enseignement supérieur après avoir revêtit la toge virile, vestige de la Rome archaïque qui symbolise l'entrée dans le monde adulte, dans la citoyenneté, à partir de quinze ans pour les plus précoces. Les études durent jusqu'à l'âge de vingt ans, mais peuvent se poursuivre encore après cet âge là.
Comme le dit Henri-Irénée Marrou, "il n'y a pas de rhétorique proprement latine : cet art existait, inventé, de plus en plus perfectionné, par les Grecs" (p.89). Là encore, donc, elle a calqué les écoles supérieures grecques, leur mode éducatif.
Ainsi, l'élève est soumis tout d'abord à une longue série d'examens préparatoires, puis doit faire des discours fictifs sur un sujet donné par le rhéteur, et récité en public. Cet exercice comporte deux sortes de discours. La "suasoire" (p.90) met en valeur l'éloquence et traite souvent de sujets historiques. Quant à la "controverse d'ordre judiciaire" (p.90), c'est une plaidoirie définie en fonction d'un texte de loi. On a souvent reprocher à cet enseignement d'être éloigné de la réalité, de ne pas se préoccuper de problèmes concrets. D'autre part, Cicéron militait pour un enseignement plus généraliste, avec une ouverture, sur le droit et la philosophie. Si la philosophie, la médecine, les mathématiques ont été délaissées par les Romains, la véritable et seule originalité des écoles latines par rapport aux écoles grecques, est l'enseignement du droit. Les écoles de droit, qui se sont développées à la génération de Cicéron, attirent de nombreux jeunes romains qui aspirent à faire carrière. Le magister juris, le professeur de droit, est plus un praticien qu'un maître. Il invite ses étudiants à le suivre lors des consultations juridiques, et leur enseigne les pièges à éviter, les conséquences de tel ou tel acte.
7. L'œuvre éducatrice de Rome
On l'a donc vu, il n' y a pas d'originalité proprement latine dans le système éducatif. Ce chapitre soumet une question : qu'est-ce qui fait la grandeur de Rome sur le plan culturel ? L'auteur y répond à la page 99 en écrivant: "la grandeur de Rome repose sur le fait qu'elle a réussi à diffuser cet pédagogie à travers le temps et l'espace".
Certes, Rome n'a pas créé de civilisation nouvelle, mais elle a largement contribué à implanter la civilisation hellénistique dans le monde méditerranéen. Le rôle historique de Rome a donc été d'implanter des écoles, ses langues, sa culture dans les pays conquis. La politique de romanisation de l'Occident a fonctionné. L'Espagne a été romanisée vers le Ier siècle avant J-C. En Afrique, le processus de latinisation débute sous César, et plus tard, on y rencontre des grammairiens, des rhéteurs. En l'an 48, les Romains affirment que la Gaule est en passe d'être civilisée. La romanisation touche aussi la Grande-Bretagne, les Balkans. Les Romains éduquent les enfants des pays soumis.
Cependant, il y a des limites à cette romanisation. La culture, dans les pays soumis, comme à Rome, continue d'être inculquée aux riches familles, mais les classes populaires et les ruraux sont oubliés de ce processus et auront du mal à l'accepter par la suite.
Mais il est vrai que l'ensemble de l'Empire couvre un réseau assez dense d'écoles, d'enseignants, d'un niveau inégal. On trouve forcément les meilleurs écoles dans les grands pôles urbains. En Afrique, c'est à Carthage que l'on trouve matière à s'instruire. En Gaule, Marseille et Autun ont des écoles réputées au Ier siècle. Bordeaux en une au IVème siècle. En Italie, on en trouve à Naples et à Milan, mais les meilleures se trouvent à … Rome, inévitablement! La capitale accueille les professeurs les meilleurs, et est un haut lieu de culture.
La suite (et fin) fera l'objet d'un nouveau billet.
15:09 Publié dans L'oeil, la lettre et l'oreille | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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