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mardi, 29 avril 2008
Un an après...
Un an de Sarkozy. Que peut-on en dire ?
Le 6 mai 2007, les Français élisaient Nicolas Sarkozy Président de la République à l'issue d'une campagne ultra-médiatisée. Avec des slogans qui marquent : "travailler plus pour gagner plus", "la rupture tranquille", "l'ordre juste", il promettait de remettre la France dans le droit chemin, celui du travail, de l'abnégation, du volontarisme.
L'euphorie a duré quelques semaines, grâce notamment à une couverture médiatique parfois dithyrambique. Dès les premiers jours pourtant, certains déchantent : les vacances à bord du Yacht prêté par l'ami milliardaire Bolloré, Sarko faisant son jogging, Sarko passant des vacances aux States…. On aurait dit des épisodes du fameux livre pour enfants "Martine va à la plage", "Martine fait du vélo"…
Pendant ce temps, le nouveau gouvernement se met en place. Bien que d'allure prometteuse, avec des gens de droite, de gauche, des femmes et des hommes, issus d'origines différentes… C'est un gouvernement qui semble plaire et qui est en tout cas, selon les sarkozystes, "à l'image de la France"… Une stratégie de communication, afin de faire mieux passer les réformes, en somme. Depuis un an, un nouveau mot a fait son apparition en politique, un mot tout à fait saugrenu : "bling-bling". "Contre une présidence bling-bling" martèle l'opposition. Alors si on devait donner une définition ce néologisme politique, je le traduirai ainsi : chose, action ou être superficiel(le), superflu(e), sans relief, qui cherche à attirer l'attention, et dont on parle beaucoup pour ne rien dire.Seulement, le drame de la France est que tout le monde est tombé dans le bling-bling. Les uns le commentent, les autres le dénoncent, on brasse du vent...
Quelles sont les premières mesures du nouveau Président ? Le bouclier fiscal, qui favorise, quoi qu'il en dise, les revenus les plus aisés… Puis très vite, il met en place, entre autres une réforme de l'université, des tribunaux, des hôpitaux, la carte militaire. Il met en place une politique d'immigration (Brice Hortefeux se réjouissait fin 2007 d'être au dessus du quota de 25 000 expulsions fixées par Sarkozy pour cette même année…) révoltante, crée une loi sur la rétention vivement critiquée, table sur 3% de croissance, mais celle-ci n'est pas au rendez-vous.
Côté politique étrangère… c'est le fouillis total. A part le projet d'Union méditerranéenne, qui a finalement séduit Bruxelles et ses cordiales relations avec le Royaume-Uni… pas grand chose. Notre Président entretient des relations tendues avec la chancelière allemande Angela Merkel, depuis cette fameuse affaire du traité simplifié. Avec l'accord de Lisbonne, Sarkozy fanfaronne, dit qu'il a sauvé l'Union Européenne… On comprend que la chancelière allemande se soit énervée face à son comportement, elle qui a œuvré de façon remarquable à cette fin, et de manière plus subtile, pendant la présidence de l'UE par l'Allemagne. L'épisode des infirmières bulgares a été vivement critiqué, également (quelle monnaie d'échange ?), et surtout l'Affaire Ingrid Bettencourt, au cours de laquelle il a montré son inexpérience dans ce domaine (appels suppliants au chef des FARCS pour qu'il libère la franco-colombienne..)
Mais revenons en France…
Le Président français, par ses réformes, a mis dans la rue les pêcheurs, les avocats, les étudiants, les magistrats, les professeurs, les ouvriers, les cheminots… On le voit, toutes les classes sociales sont mécontentes, et le font savoir.
Au sein de sa majorité, on est déçu par son attitude, voire irrité. A gauche, on dénonce son attitude, ses projets…
Paradoxalement, bien que de nombreux Français soient mécontents, l'opposition, elle, n'a jamais été aussi faible… Le PS se ridiculise un peu plus chaque jour, le MoDem est au fond du trou… Seul Olivier Besancenot semble tirer son épingle du jeu face au marasme ambiant, vu les scores obtenus par la LCR à la présidentielle puis au municipales, et sa tentative de créer un nouveau parti anticapitaliste.
Alors bien sûr, Sarkozy arrive aussi à faire des choses intéressantes : sa réforme des universités est globalement plutôt intéressante (et a au moins l'avantage d'apporter de nombreux fonds), la réforme des institutions a l'air plutôt équilibrée, il va créer le R.S.A., qui s'annonce prometteur…. Heureusement. ET même s'il ne serre pas à grand chose de tirer un bilan d'une année de présidence, on peut quand même manifester son inquiétude profonde.. La France est en déficit depuis 1974, et Sarkozy continue de nous faire croire qu'il arrivera à le combler… il n'y a que lui qui semble y croire. Aussi, autre question : qu'est-ce qui a changé pour les classes populaires depuis qu'il est au pouvoir ? Et pour les classes moyennes ? Gagnent-ils mieux leur vie ?
"Travailler plus pour gagner plus" disait-il… les gens n'y croient plus. Le mythe Sarkozy est vite tombé (mais y en a-t-il eu déjà un ?)…
Finalement, c'est une année bien morose… Prisonnier de l'image qu'il a crée durant la campagne de mai 2007, celle d'un homme touche à tout qui réussit, qui gagne toujours, qui va de l'avant, prisonnier des promesses électorales qu'il a faîtes, Monsieur Sarkozy déchante… et ça ne fait que commencer. Quatre ans, c'est long.
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vendredi, 25 avril 2008
En France aussi, on baffoue les droits de l'homme
Lisez, cet article du journal Pùblico... ça fait froid dans le dos, et c'est en France, au XXIème siècle, en ce moment même, que cela se passe.
source : www.courrierinternational.com / Article : "Ces vies gâchées pour complaire à l'extrême-droite"
De jeunes Marocains expulsés vers un pays qu’ils ne connaissent pas : c’est la conséquence de la chasse aux immigrés mise en place par Sarkozy et son ministre Brice Hortefeux.
Lorsqu’on la voit assise dans ce café sombre du boulevard de Paris, à Tanger, on a du mal à l’imaginer luttant contre trois policiers français. C’est pourtant ce qu’elle a fait quand les trois costauds l’ont mise de force dans un bateau à Sète et l’ont attachée à la couchette d’une cabine où elle est restée enfermée pendant plus de dix heures. Samira Bobouch, 23 ans, est un petit brin de fille de 1,50 m. Avec son tee-shirt bleu, seule au milieu de la clientèle habituelle de fumeurs moustachus, elle a l’air fragile. Ses immenses yeux myopes – les policiers ne lui ont pas permis de prendre ses lunettes – s’emplissent de larmes lorsqu’elle raconte son histoire. Samira menait une existence de jeune fille tout à fait normale lorsque sa vie a été bouleversée par une promesse électorale, celle faite par l’actuel président français quand il était encore candidat et cherchait à séduire les électeurs d’extrême droite. Ou plutôt par la chasse aux immigrés dont il a chargé l’homme qui se considère comme son cerbère, son ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, Brice Hortefeux. Sa mission était claire : il devait expulser 25 000 sans-papiers avant la fin 2007. Samira fait partie du lot de Marocains qui, pour reprendre l’euphémisme utilisé par le gouvernement français, ont été éloignés*.
Bénévole dans un centre pour autistes à Marseille, où elle vivait avec sa famille, Samira était entrée en France légalement à l’âge de 15 ans. Son père a beau avoir travaillé trente-cinq ans en tant qu’ouvrier agricole dans son pays d’accueil, il n’a pas pu obtenir de permis de séjour. “A Marseille, la police faisait la chasse aux Arabes et aux Noirs”, raconte-t-elle. Le 19 novembre dernier, la police l’arrête à l’occasion d’un contrôle routier. Elle ne retournera pas chez elle. Elle passe directement du commissariat au centre de rétention du Canet. “On m’a dit que des gens avaient été drogués pour les empêcher de résister à l’expulsion, et que je ne devais manger que le pain qu’on nous donnait”, poursuit-elle. Le 4 décembre, la police emmène Samira à l’aéroport de Marignane, dans l’intention de la faire monter dans un avion à destination de Casablanca. Mais elle se débat, griffe et mord. Sa famille, ses anciens professeurs et les militants du Réseau éducation sans frontières (RESF), une association qui dénonce les expulsions, contribuent à faire échouer cette première tentative “d’éloignement” en manifestant dans le terminal. Elle n’était qu’à deux jours de sa comparution devant un juge qui aurait peut-être demandé sa libération. En effet, le maire de sa ville avait déposé à la préfecture une promesse d’embauche à son nom.
Mais Samira n’a pas pu se présenter au tribunal. La veille, trois policiers en civil sont venus au centre et lui ont ordonné de les suivre. “Ils m’ont fouillée avant de sortir et m’ont confisqué mon téléphone portable pour m’empêcher de prévenir RESF, mais j’avais deux autres téléphones que l’organisation m’avait donnés et j’ai pu donner l’alerte depuis les toilettes”, explique-t-elle.
Trop tard. Les policiers l’ont fait sortir en cachette par la porte de derrière, l’ont mise dans une voiture et l’ont emmenée au port de Sète. Sur le quai, Samira résiste à nouveau, crie au secours et demande de l’aide aux passagers du bateau : “Personne n’a bougé. Personne n’était prêt à lever le petit doigt pour me secourir.”
Atteindre la majorité, c’est entrer dans la clandestinité
L’un des policiers finit par perdre patience et la pousse dans le bateau en lui criant : “Allez ! On ne veut pas de toi ici, rentre chez toi !” Ensuite, il y a eu ces “dix heures attachée” pendant que son téléphone, qu’on lui avait rendu, sonnait sans arrêt. Avec les vêtements qu’elle avait sur le dos et quelques euros en poche, Samira est arrivée dans un pays qu’elle ne connaissait plus : le Maroc.
Elle pensait se retrouver seule, mais là-bas l’attendait son ange gardien, Boubker Jamlichi. Il sait ce que c’est de subir une injustice pour en avoir fait l’expérience : il a passé six ans dans les geôles d’Hassan II. Avec Lucile Daumas, une Française installée au Maroc, et d’autres militants, il a monté une antenne marocaine du RESF. Ses membres, une douzaine à peine, essaient de venir en aide aux jeunes qui ont été expulsés par la France et qui débarquent dans un pays où, bien souvent, ils n’ont plus de famille ni nulle part où aller. Parfois, ils ont encore des parents au Maroc, mais la vie ou le long séjour en France ont rompu tous les liens. C’est ce qui s’est passé pour Samira : sa mère l’a hébergée quelques jours, puis lui a dit qu’elle devait partir.
Le Réseau éducation sans frontières fait ce qu’il peut. Ses membres n’hésitent pas à accueillir les jeunes chez eux, mais ce n’est pas toujours possible. Trop souvent, se lamente Jamlichi, ils ne vont pas recevoir les expulsés au port parce qu’ils ne supportent pas de “les laisser dans la rue”. Une fois de retour dans leur pays, les expulsés ne se retrouvent qu’au début de leurs problèmes. La police marocaine les conduit au commissariat dès leur arrivée et les accuse d’émigration irrégulière. Pourtant la majorité d’entre eux ont quitté le Maroc légalement lorsqu’ils étaient mineurs, et non pas dans un canot ou cachés dans un camion. Pour ces jeunes, atteindre la majorité équivaut à entrer dans la clandestinité qui attend ceux qui n’ont pas de papiers.
Jamlichi, Lucile et les autres militants du RESF assistent les nouveaux arrivés et obtiennent presque toujours qu’ils soient immédiatement relâchés. Lorsqu’ils ne sont pas là, les jeunes peuvent être mis à la disposition de la justice. Au Maroc, la première tentative d’immigration clandestine est punie par un mois de prison avec sursis. “Le malheur de ces adolescents, explique Jamlichi, c’est que tout le monde les laisse tomber : leur pays d’adoption et leur pays d’origine. Face à cette situation impossible, c’est l’Etat marocain qui devrait les prendre en charge. Mais au lieu de cela, il reçoit Sarkozy comme un ami, alors qu’il est responsable d’une politique de persécution des immigrés absolument criminelle.”
C’est justement à Tanger, la ville où arrivent beaucoup d’expulsés, que le président français a présenté son projet d’Union méditerranéenne, le 23 octobre 2007. Dans son discours, il a loué “l’indéfectible amitié franco-marocaine” et évoqué “la solidarité” qui doit présider aux relations entre la France et ses partenaires du Sud. Samira ne sait rien de toutes ces belles intentions. Elle reconnaît simplement qu’elle a eu de la chance dans son malheur. Depuis qu’elle est arrivée au Maroc, elle n’a jamais dormi à la belle étoile. Jamlichi l’a prise sous son aile et l’a accueillie chez lui. Puis il a obtenu d’un bienfaiteur, propriétaire d’un hôtel, qu’il la laisse occuper une chambre gratuitement pendant un mois.
Aujourd’hui, elle vit avec d’autres jeunes femmes qui lui ont offert de dormir sur le canapé de leur appartement, situé dans un quartier populaire. Mais, dit-elle, “c’est dur de vivre de la charité des autres”. Elle ne trouve pas de travail et n’arrive pas à s’adapter à une mentalité différente de ses coutumes françaises. Le fait de s’être si bien intégrée dans le pays qui l’a expulsée l’empêche maintenant de s’acclimater à son lieu d’origine. Samira n’était pas habituée à ne plus pouvoir sortir de chez elle dès la tombée de la nuit sous peine d’être prise pour une prostituée. “Je veux rentrer chez moi”, sanglote-t-elle.
Elle n’est pas la seule. Jihad Errais, 19 ans, désespère de retrouver sa vie d’avant. En France, il était un élève exemplaire et venait de décrocher une place dans la meilleure école hôtelière de Paris. Sans papiers – on lui a également refusé un permis de séjour – et effrayé par la vague d’expulsions, il a essayé de se rendre en Espagne et s’est jeté dans la gueule du loup. Les policiers espagnols l’ont arrêté à Perpignan et l’ont remis à leurs collègues français. Ceux-ci l’ont menotté comme un criminel et l’ont conduit au centre de rétention de Rivesaltes, situé sur l’ancien emplacement d’un camp où des Juifs, des Gitans et des républicains espagnols sont morts ou ont attendu d’être déportés dans des camps d’extermination comme celui d’Auschwitz. Une plaque commémorative est là pour rappeler leur passage.
“J’étudiais, j’étais intégré et ils m’ont expulsé”
Jihad n’a pas opposé de résistance : les policiers l’ont menacé de le jeter en prison s’il le faisait. Lui aussi a passé tout le voyage jusqu’au Maroc enfermé dans une cabine de bateau. Aujourd’hui, il est à Tineghir, dans le Sud, où son père vend des légumes dans le souk. Il était l’espoir de sa famille, qui l’avait envoyé vivre avec son oncle en France pour qu’il puisse faire des études. L’école hôtelière de Sucy-en-Brie lui a gardé sa place, car il n’existe pas de formation similaire au Maroc. Mais Jihad n’a pas eu d’autre choix que d’abandonner ses études. “Je n’ai jamais fait de mal à personne”, explique-t-il en français avec un indéniable accent parisien. “Pourquoi ? C’est comme si on laissait quelqu’un au milieu du désert en lui disant : ‘Débrouille-toi.’ Je ne comprends pas pourquoi ils m’ont fait ça. Je me suis toujours efforcé de m’intégrer, et lorsque j’y suis arrivé, ils m’ont expulsé.” Lorsqu’il n’est pas dans son village, Jihad vit dans une chambre, à Rabat, – “un trou à rats”, selon Lucile Daumas – sans fenêtre, ni eau courante, ni salle de bains.
"L’hypocrisie de cette politique atteint son comble lorsque Sarkozy dit qu’il encouragera l’immigration légale en embauchant, dans leur pays, des Marocains qui travaillent dans l’hôtellerie. Et, pendant ce temps, Jihad, qui allait faire des études d’hôtellerie, se fait expulser”, fulmine-t-elle.
Cette militante ne sait plus quoi faire pour aider ces jeunes. Dans chaque bateau qui jette l’ancre à Tanger, dans chaque avion qui atterrit à Casablanca, “il y en a quatre ou cinq”. RESF n’a pas les moyens de s’occuper de tout le monde. Pour Lucile, c’est une “extrême violence” qui est infligée à ces jeunes, et elle ne prend pas de gants pour incriminer les consulats marocains en France : selon elle, ils sont “complices” puisqu’ils “délivrent des sauf-conduits sans lesquels ces jeunes, qui n’ont pas de passeport, ne pourraient pas être expulsés”.
Il existe des histoires encore plus terribles que celles de Samira et de Jihad. D’après RESF, un adolescent a tenté de suicider trois fois avant d’être expulsé. Tous ces cas sont dénoncés par l’association. Il y a quelques semaines, Lucile a reçu un appel d’un jeune qui venait d’arriver au Maroc. Personne n’était venu l’accueillir. Il n’avait pas d’argent, et il n’a pas eu le temps de lui dire où il se trouvait. Il a appelé une deuxième fois, mais la communication a été de nouveau coupée, juste après qu’il l’eut suppliée : “Je n’ai nulle part où aller.” Lucile a rappelé le numéro qui apparaissait sur son écran de téléphone. C’était celui d’un homme qui avait prêté son portable au garçon. Depuis, elle n’a plus de nouvelles. La piste de cet adolescent, comme celle de tant d’autres, s’est perdue dans les ruelles de l’une des innombrables médinas du Maroc.
Publico
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jeudi, 24 avril 2008
Cohen veut "unifier les quartiers"
Le député-maire Pierre Cohen a fait part de sa vision de la politique de la ville, peut on lire dans La Dépêche du 24 avril. Les représentants du monde associatif étaient invités à venir écouter le nouvel homme fort du Capitole. "L'objectif est d'unifier les quartiers dans la ville, il ne faut plus qu'ils soient stigmatisés parce qu'ils comptent quatre fois plus de chômeurs, qui soient victime d'un sentiment d'exclusion, qui est d'ailleurs une réalité", a dit le maire. Il poursuit : "Vous vivez une période de tensions sociales mais aussi d'insécurité. Nous relancerons le contrat local de sécurité". Monsieur Cohen avance l'idée d'une police municipale de proximité, et d'un renforcement des liens entre police et justice pour qu'ils travaillent mieux ensemble. Notre journal régional nous informe aussi qu'il souhaite développer la médiation de nuit. Il plaide également pour des logements sociaux dans toute la ville, et pas seulement dans le secteur GPV comme c'est le cas actuellement.
Ces annonces interviennent dans un climat de violences notamment dans le quartier Bellefontaine. Cette question de la sécurité dans les quartiers est primordiale pour de nombreux habitants. Depuis quelques années, la violence a augmenté dans les quartiers toulousains. Le maire de la ville a esquissé des solutions différentes que celles prônées par son prédécesseur Jean-Luc Moudenc pour qui la politique des quartiers en revenait à augmenter le nombre de policiers municipaux et de plaider pour plus de policiers nationaux.
Par contre Pierre Cohen n'a rien précisé au sujet de l'armement de la police municipale, qui avait fait l'objet d'un vif débat pendant la campagne électorale, ni au sujet de la vidéosurveillance… Nous attendons des éclaircissements. Quoi qu'il en soit, Pierre Cohen a lancé un signe fort au monde associatif, aux habitants, en leur faisant par de ses objectifs pour les quartiers : une politique (municipale) de prévention, de médiation succèderait donc à une politique de répression… Pour l'instant, ce ne sont que des mots. Il reste à les mettre en pratique.
Le prochain Conseil municipal se tient vendredi 25 avril. On peut lire dans la Dépêche : "le conseil municipal adoptera la programmation 2008 de la politique de la ville prévue par la précédente municipalité, avec les subventions aux associations. "Nous ne pouvions pas tout bouleverser en si peu de temps, il y a un besoin de continuité", a précisé Claude Touchefeu, adjointe à la ville. "Nous pourrons ensuite infléchir cette politique" (des réunions sont prévues en mai entre monde associatif et l'équipe municipale).
Le changement dans la continuité, donc. Même budget, mais le discours a changé.12:20 Publié dans A Toulouse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cohen, toulouse, politique municipale, quartiers
mardi, 15 avril 2008
Marrou et la paideia, suite et fin
Suite et fin de ces billets sur le tome 2 d'Histoire de l'éducation dans l'Antiquité d'Henri-Irénée Marrou. Nous reprenons donc notre saga la où nous l' avions laissée : qu'en est-il de l'éducation sous la République, à Rome ?
8. L'Etat romain et l'éducationSous la République, il n'y avait pas de politique scolaire. Sous l'empire, Rome rattrape son retard. Dès Auguste (63-14) , l'Etat crée des "clubs de jeunes gens" ou colegia inueum qui ressemblent aux collèges éphébiques grecs, en vogue dans l'Italie centrale. Ils rassemblent des jeunes gens des familles aristocratiques de la cité. Outre leur rôle politique au niveau municipal, les jeunes s'essaient à la vie parlementaire au sein du club.
Ces clubs comportent aussi un aspect religieux puisqu'ils consacrent une divinité, le plus souvent Hercule. Mais le rôle primordial de ces clubs est le sport. Ainsi, les jeunes font de l'équitation, de l'escrime et même des combats de fauves!
A Rome la visée de ces clubs n'étaient pas de faire des militaires, mais c'était le cas en Afrique, et le long du Rhin et du Danube.
C'est avec l'empereur Vespasien (9-79) que l'Empire inaugure une véritable politique scolaire. Vespasien octroie des faveurs fiscales aux enseignants du secondaire et du supérieur, en leur payant le logement. L'Etat s'engage par ailleurs à prendre en charge leurs traitements. Cependant, les maîtres primaires, les professeurs d'enseignement technique, les professeurs de droit qui ne sont pas à Rome, et mêmes quelques philosophes sont exclus de cette loi.
Mais on doit également à Vespasien l'établissement de chaires d'enseignement. Si là encore, cette disposition ne prend effet qu'à Rome, Marc Aurèle (161-180) reprend cette politique et ouvre à Athènes une chaire de rhétorique et quatre chaires de philosophie. Aussi, comme le souligne l'auteur, "l'intérêt porté par la société à l'enseignement est devenu si vif et si conscient que de plus en plus, il paraît nécessaire que toute ville importante possède des écoles publiques, pourvues, entretenues, et surveillées par la municipalité" (p.115).
Et au quatrième siècle, on rencontre partout de telles écoles, preuve que le processus d'installation est terminé. En Gaule, il y en a à Besançon, à Lyon et semble-t-il à Toulouse. Carthage, Constantinople ou encore Nicée en ont également.
A cette date, toute cité prend en charge l'entretien d'un ou plusieurs professeurs. Le professeur d'enseignement public est nommé par le conseil municipal de la cité.
Il s'installe donc une forte concurrence entre professeurs pour les postes des écoles les plus cotées et à l'inverse peu de demandes pour des écoles moins réputées.
Mais Henri Marrou constate qu'il y a toujours en place, en parallèle, un enseignement privé, même à Rome, à Athènes ou à Constantinople.
L'empereur, au bas empire, intervient dans la nomination des professeurs et pour régler les litiges. Constance II (317-361), par exemple, intervient lui même dans la nomination d'enseignants. L'empereur Julien (331-363) décide qu'un professeur ne peut exercer sa profession tant qu'un décret n' a pas été approuvé par le conseil de l'empereur. Il faudra attendre Justinien, au sixième siècle pour que ce décret soit supprimé.
L' Etat intervient donc de manière croissante dans la politique scolaire et favorise l'expansion de la création d'écoles.
9. Le christianisme et l'éducation classique
L'éducation des enfants est une préoccupation constante pour le christianisme. Par éducation il faut entendre, comme le souligne l'auteur, une initiation dogmatique : quelles sont les vérités qu'il faut croire pour être sauvé ? Il est également nécessaire d'apporter une formation morale : quelle est la conduite qu'il convient au chrétien ?
Les lieux d'enseignement sont donc la famille et l'Eglise.
Le devoir de la famille est d'inculquer à l'enfant une morale saine. Les parents (le père surtout) sont considérés comme responsables de la formation chrétienne. Il faut apprendre à son enfant l'histoire sainte. Lais la famille n'est qu'un point d'appui de l'éducation chrétienne. Le principale lieu où l'on apprend à être un bon chrétien est l'Eglise. Le catéchisme se développe et prend sa forme définitive à Rome vers 180. Le catéchisme est enseigné par un prêtre et dure trois ans.
Pourtant, "pour pouvoir se propager et se maintenir, pour pouvoir assurer non seulement son enseignement, mais le simple exercice du culte, la religion chrétienne exige… au moins un minimum de culture lettrée" (p. 129). Les Chrétiens n'ont cependant pas conçu d'écoles chrétiennes, ce qui était faisable puisque les Juifs créaient leurs propres écoles dans le même temps, et se développent de manière rapide.
Or, le christianisme développe des écoles dans les pays "barbares", en Mésopotamie, en Syrie, mais pas au sein de la civilisation greco-romaine. Cela s'explique par les liens étroits qui se sont tissés entre cette religion et cette culture. Le christianisme est né en "Palestine hellénique" (p.132) et, si les Chrétiens critiquent la culture profane, ils n'interdisent toutefois pas l'enfant à s'instruire dans les écoles païennes. L'Eglise n'a pas d'autres solutions. Du coup, bientôt, les Chrétiens sont amenés à enseigner dans des écoles païennes. Le premier d'entre eux est Origène, qui en 202-203 ouvre une école de grammaire. Puis ils s'immiscent dans l'enseignement supérieur à la moitié du troisième siècle, si bien qu'au quatrième siècle il n'est pas rare de rencontrer des Chrétiens dans tous les ordres de l'enseignement, en tant qu'élèves, donc, mais aussi en tant que professeurs.
En 362, au moment où Prohairos enseigne une chaire d'éloquence à Athènes et Marius Victorinus en tient une à Rome (tous deux sont chrétiens), une loi de l'empereur Julien vise à interdire les Chrétiens de l'enseignement classique. Pour lui, ce sont des barbares. Les Chrétiens se voient donc dans l'obligation de fonder des écoles chrétiennes, mais ils refusent et réussissent à perdurer dans l'enseignement classique.
D'ailleurs le 11 janvier 364, l'interdiction est levée.
Dans l'enseignement supérieur, on voit apparaître des écoles de théologie chrétienne au milieu du deuxième siècle, jusqu' au troisième siècle. Il y a donc entre le troisième et quatrième siècle une régression de ce genre d'écoles.
Mais la théologie va perdurer et devenir "une discipline fondamentale d'une nouvelle culture, essentiellement chrétienne, qui va caractériser la civilisation du Bas-Empire, de Byzance" (p.146). En tout cas, il est certain que les Chrétiens ont joué un rôle important dans la diffusion du savoir dans les écoles classiques.
10. L'apparition des écoles chrétiennes de type médiéval
A partir du quatrième siècle, on voit apparaître un nouveau type d'école chrétienne, les écoles monastiques. Cette école, dans son mode de fonctionnement, celui d'une vie entière dédiée à la religion "n'a plus rien d'antique" (p. 149). On ne sait pas réellement comment s'est déroulé le remplacement des écoles de type classique par des écoles religieuses de type médiéval, selon Henri Marrou.
Ces écoles, fondées sur une morale stricte, avec pour objectif principal le dévouement à Dieu, sont évidemment totalement différentes des écoles greco-romaines. Le développement des écoles intervient dans un contexte d'invasion barbare et de déliquescence de la culture, au cinquième siècle après J-C. C'est la fin de l'Antiquité et le début de la période que l'on appelle médiévale (pour plus d'infos sur cette période, lire l'ouvrage de Jacques Paul : Histoire intellectuelle de l'Occident médiéval).
12:37 Publié dans L'oeil, la lettre et l'oreille | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 13 avril 2008
Pierre Cohen succède à Philippe Douste-Blazy au Grand Toulouse
Pierre Cohen a été élu président du Grand Toulouse, à la fin de la semaine et succède ainsi à l'ancien maire Philippe Douste-Blazy qui n'a désormais plus de fonction politique en Haute-Garonne. Pierre Cohen est donc maire de Toulouse, président du Grand Toulouse et pour le moment député de la troisième circonscription de Haute-Garonne.
Il serait grand temps pour le maire socialiste de "rendre son mandat de député" comme il a aimé le répéter durant toute la campagne municipale, pour que les Toulousains ne se sentent pas berner. D'autant plus que la communauté d'agglomération, que Cohen va renommer communauté urbaine va disposer de plus de moyens, "de manière à créer un seul territoire et non une juxtaposition de territoires" (www.ladepeche.fr).
Autre révélation assez surprenante, il faut le dire, celle de parvenir à terme à la mise en place d'une seule université à Toulouse, (il y en actuellement trois)… c'est en tout cas un projet, s'il doit être mis en œuvre, qui s'annonce colossal : l'université du Mirail (sciences humaines) compte 22 000 étudiants, Paul Sabatier (sciences) environ 18 000 et l'Arsenal (droit) plus 15 000… Mais peut-être souhaite-il juste centraliser les administrations, en tout cas, ce projet mériterait plus de précisions et, me semble-t-il, il ne faisait pas partie du projet municipal socialiste.Par ailleurs, le conseil municipal du onze avril a décidé qu'il n'y aurait aucune augmentation d'impôts. La fiscalité locale reste donc la même qu'en 2007, avec un taux de 19,55% pour la taxe d’habitation, de 21,96% pour la taxe de foncier bâti et de 84,81% pour la taxe de foncier non bâti.
Des assises des transports et de la mobilité vont avoir lieu en mai et juin et Toulouse a d'ores et déjà mise à disposition une enveloppe de 15 millions d'euros, avec comme priorité première de renforcer le réseau de bus, insuffisant dans la ville. Espérons que la ville organisera un vrai débat public sur un sujet qui concerne tous les habitants de la ville.
13:51 Publié dans A Toulouse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
lundi, 07 avril 2008
L'opposition s'organise, la gauche réorganise
source : www.ladepeche.fr
Forcément, après 37 années de pouvoir, les quelques rescapés de l'ère baudisienne (père et fils), puis doustienne, semblent un peu désemparés dans la fosse de la salle du conseil. Une salle décidément trop petite pour accueillir une assistance toujours aussi nombreuse depuis l'arrivée de la nouvelle majorité.
Les rescapées de l'ouverture façon Moudenc, l'ex-Verte Marie-Françoise Mendez, et l'ex-PS Yvette Benayoun-Nakache, tentent de tisser la toile d'un groupe de non-inscrits, tiraillées entre les deux centristes Jean-Luc Forget et Jean-Luc Moudenc : il leur faudra trouver deux alliés pour passer la barre relevée à quatre membres par la nouvelle majorité. Robert Gély (PS) a, lui, jeté l'éponge et envoyé sa démission.
L'élection par le conseil municipal de ses représentants à quelque 80 organismes, associations et commissions consultatives (*) a été l'occasion, hier matin, d'une difficile prise de conscience, pour certains, des difficultés de faire de la politique autrement.
UN JEAN-LUC PEUT EN CACHER UN AUTRE
Jean-Luc Forget (Modem) s'est en effet exprimé au nom de toute l'opposition, montrant qu'un Jean-Luc pouvait en cacher un autre. Le centriste a regretté : « Lorsque la proportionnelle est possible, la minorité a sa place, mais lorsque le scrutin est majoritaire, l'opposition est exclue. Cela revient à faire de ce conseil une chambre d'enregistrement » s'est indigné l'avocat, « nous ne participerons donc pas au vote au scrutin majoritaire ».
« Rien de nouveau sous le soleil depuis 19 ans que je siège ici », a répondu Jean-Jacques Mirassou (PS), l'air réjoui de donner au nouvel élu, à ses dépens, une leçon de démocratie à la toulousaine : « La majorité a la majorité ; la minorité, la minorité » résumait le conseiller général socialiste. « Je n'ai pas participé à cette histoire-là, je conteste cette manière de voir la démocratie locale » rétorquait le nouvel élu.
Le vote, effectué en quelques minutes à bulletins secrets, était donc sans surprise : « Pour les représentants élus à la proportionnelle, 68 exprimés et 68 pour. Pour ceux désignés au scrutin majoritaire, 54 exprimés, 54 pour » proclamait le maire avant d'annoncer la tenue de la prochaine séance du conseil, vendredi 11 avril à 15 heures.
(*) Les représentants au Cosat n'ont pas été élus, ses structures devant être modifiées. Même chose pour la commission sur le casino, Pierre Cohen souhaitant un examen préliminaire de la convention liant la ville au casino municipal.
Jean-Luc Moudenc s'est interrogé hier matin sur la décisiondu maire de ne pas rouvrir les écoles pendant les vacances prochaines, comme le demande Xavier Darcos, ministre de l'Education nationale. « C'est une décision personnelle du maire qui va priver des centaines d'enfants d'une possibilité de remise à niveau, au nom d'une position politique anti-gouvernement que je conteste », s'insurge l'ancien maire. Pierre Cohen a expliqué que « la mesure du ministère a été prise sans aucune concertation, dans la précipitation, à 15 jours des congés de Pâques », précisant qu'il a demandé une réunion à l'inspection académique « pour ne pas traiter cette importante question à la sauvette ».
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Cet article est révélateur de plusieurs choses :
La gauche toulousaine, forte de sa nouvelle majorité au conseil municipal, en profite pour appliquer le fonctionnement et les mesures qu'elle entend mener. L'opposition crie au déni de démocratie, mais n'en aurait-elle pas fait autant si elle avait été majoritaire ? Telle est la politique, cruelle.
Une mesure me paraît intéressante : la réorganisation des quartiers et des maires de quartiers : depuis 2001, suite à la loi Jospin sur la démocratie, Toulouse était institutionnellement divisée en 17 quartiers, Pierre Cohen souhaite en faire 6, avec donc six maires. Pour avoir un aperçu de ce que cela pourrait donner, cliquez sur : http://www.toulousoscopie.org (merci à Benoît). Auparavant, les dix-sept maires délégués n'avaient que très peu de compétences, si ce n'est de relayer l'information du bas vers le haut. Avec des compétences élargies, on peut espérer que ces maires délégués pourront agir plus facilement. Reste à instaurer une démocratie vivante, en créant des comités de quartiers (au nombre de six ?) avec des budgets propres, une des mesures phares du candidat Pierre Cohen. Autre fait intéressant, la fréquence hebdomadaire des conseils municipaux, pourvu que cela dure et qu'ils soient retransmis.
L'opposition semble avoir deux leaders, J-L Moudenc et J-L Forget. L'ancien maire, qui se revendique leader de l'opposition, va sans doute faire face aux critiques de l'échec de la campagne de mars dernier, tout comme Claude Raynal, chef de l'UMP 31. A en croire le sondage organisé par l'APRé (http://apre.over-blog.com), l'UMP local souhaite du changement, encore faut-il définir lequel. Jean-Luc Forget découvre lui le conseil municipal, même si, barré par une décision de Pierre Cohen, il n'a pas pu constituer de groupe.
Quant à la décision de Pierre Cohen de ne pas ouvrir les écoles pendant les vacances scolaires pour mettre en place des stages de remise à niveau, elle peut paraître surprenante, même s'il s'est justifié. Mais n'oublions pas son projet de créer une "mission municipale de l'accompagnement éducatif", chargée d'élaborer le projet éducatif de la ville "sans précédent" (c'était dans le programme).
Ainsi, tout le petit monde politique de la ville rose se réorganise : prochain conseil municipal, le 11 avril (j'essaierai d'y être).
Pour en savoir plus : http://www.chezbelan.com/article-17982767.html (blog de Benoît)
15:16 Publié dans A Toulouse | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
samedi, 05 avril 2008
Pour une réforme des instutions, mais laquelle ?
L'attitude du Président Sarkozy vis à vis du Parlement français cette semaine démontre bien un fait chronique sous la Cinquième République : le Parlement est considéré comme une chambre d'enregistrement, rien de plus. Rappelons les faits : les parlementaires ont appris l'envoi de mille soldats français en Afghanistan au Parlement… britannique où le Président discourait ! Quel symbole, quel dénigrement ! Pourtant, Nicolas Sarkozy est aussi à l'origine du projet de réforme des institutions dont se charge la commission Balladur, dont l'objectif est double : renforcer (un peu) les pouvoirs du Parlement et modifier le rôle du Président de la République

La commission propose notamment, fait le plus contestable, de modifier l'article 5 de la Constitution de la sorte : "le Président de la République définit la politique de la nation. Le gouvernement la conduit" ce qui en reviendrait à réduire à néant l'article 20 " le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation"… Le Président de la Cinquième République jouit déjà de pouvoirs très importants, s'il définit la politique de la nation c'est tous les principes de la Constitution qui sont dénaturés. Quid du Premier ministre ? Quid des autres ministres ? Le rôle du Président ne serait donc plus celui d'un arbitre, au dessus des partis, qui veillerait au respect de la Constitution et au bon fonctionnement de l'Etat.
D'autres mesures sont par contre intéressantes. On pensera notamment à celle qui vise à limiter à la moitié du temps de séance (contre la totalité aujourd'hui) la faculté pour le gouvernement d'imposer l'examen de textes ou débats préparés ou acceptés par lui. La proposition suggérant la limitation de l'article 49,3 aux seules lois de finances et de financement de la sécurité sociale me paraît saine. La commission envisage aussi de donner à l'opposition et à la majorité le même temps de parole pendant les séances de questions au Gouvernement.
D'autres propositions de la commission Balladur paraissent moins probables, notamment celles sur le cumul des mandats, triste tradition française. Interdire tout cumul entre un mandat parlementaire et une fonction exécutive locale ou encore tout cumul entre une fonction ministérielle et un mandat électif, sont des propositions aussi majeures que désuètes : par ce diagnostic la commission admet que le cumul des mandats a des conséquences terribles pour le renouvellement et l'image des politiques, seulement, il ne sera pas pris en compte cette fois-ci. Manque de courage politique ?
La question de la proportionnelle est négligée, puisque une proposition fait part d'instaurer la proportionnelle sur 20 ou 30 siège à l'assemblée (sur 577…), ça ne sera pas suffisant pour que celle-ci soit représentative de la nation en son entier, son principe premier. La commission n'évoque à aucun moment l'article 16 de la Constitution, relatif au pouvoirs exceptionnels (des juristes parlent de "dictature temporaire") du Président en cas de troubles graves : est-il encore d'actualité aujourd'hui ?

Une dernière question se pose : comment le Président va-il faire passer cette réforme. Il peut le faire au Parlement si trois cinquième de celui-ci l'adopte, mais il peut aussi proposer un référendum, voie selon moi la plus légitime et la plus logique pour une réforme aussi importante que celle-ci.
Pour en savoir plus :
http://archives.lesechos.fr/archives/2007/lesechos.fr/10/...
http://www.legifrance.gouv.fr/html/constitution/constitut...13:24 Publié dans En France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 04 avril 2008
Marrou et la paideia, deuxième partie
Reprenons et intéressons-nous à présent à l'institution qu'est l'école sous la Rome antique et à son enseignement
4. Les écoles romaines : l'enseignement primaire
L'enseignement primaire est apparu dès le VIième siècle avant notre ère, sous l'influence étrusque et n'a pas disparu. A sept ans, les enfants vont à l'école primaire et en sortent à onze ou douze ans. Les enfants (filles et garçons mélangés) ont école le matin et une partie de l'après-midi. Souvent, les élèves sont accompagnés jusqu'à l'école par un "pédagogue" pour qu'ils ne fassent pas de mauvaises rencontres sur le chemin.
Les écoles primaires sont les écoles les plus courantes : on y apprend à lire et à écrire, de façon simultanée. D'abord, on étudie l'alphabet, dans l'ordre puis dans le désordre. Puis les enfants apprennent des maximes morales , les lisent, les écrivent.
Ils récitent également des petits textes, et sous l'Empire, on apprend le vocabulaire du calcul. Quant au maître, son statut d'enseignent le place au plus bas de la société, et il est donc très mal payé. L'enseignement est souvent sévère : "pour tous les Anciens, le souvenir de l'école est également celui des coups" (p.71). Du coup, à la fin du premier siècle, des théoriciens commencent à douter des méthodes pédagogiques brutales. Ils suggèrent un enseignement qui soit plus doux, fondé sur l'émulation, le plaisir, la récompense du travail bien fait. Cela provoque donc une indulgence croissante au fil des ans, qu'il faut relativiser : au quatrième siècle, l'enseignement est presque le même qu' au temps d'Horace.
L'enseignement primaire ne diffère donc en rien du grec, tant dans son contenu que dans sa forme sévère et brutale, qui vient également de le Grèce antique.
5. Les écoles romaines : l'enseignement secondaire
A onze ou douze ans l'enfant accède à l'enseignement secondaire, ou du moins l'enfant d'une riche famille aristocratique. En effet, cet enseignement est réservé à l'élite. Le grammaticus , le maître d'école a une situation un peu meilleure que son collègue qui apprend à lire et à écrire. Mais il reste pauvre : il gagne en un mois ce qu'un ouvrier qualifié gagne en quatre jours. L'enseignement secondaire est idem que celui des Grecs.
L'étude de la grammaire comporte deux thèmes majeurs, à savoir, l'étude théorique de la bonne langue et l'explication des poètes classiques.
Au fil du temps, la grammaire devient moins théorique, plus usuelle. Mais ces progrès sont certes réels, mais très lents. L'étude de la grammaire reste dans l'ensemble très théorique : "la grammaire enseigne l'inventaire matériel employé par les grands écrivains classiques" (p.78). Les poètes les plus étudiés sont Virgile, Térence, Salluste et bien-sûr le grand Cicéron. Des séances de lecture des grands poètes sont souvent faites : les élèves lisent chacun leur tour, puis le "grammaticus" fait un commentaire de la forme, et du fond.
6. Les écoles romaines : l'enseignement supérieur
L'enseignement supérieur est consacré à l'enseignement de l'art oratoire.
Le maître, le rhéteur, a une situation plus élevée que le "grammaticus", puisqu'il est payé quatre fois plus. Quelques rhéteurs ont même réussi à faire fortune, et même à avoir des fonctions de la plus haute importance dans l'Etat, tel Eugène le rhéteur devenu empereur. Le jeune noble romain peut accéder à l'enseignement supérieur après avoir revêtit la toge virile, vestige de la Rome archaïque qui symbolise l'entrée dans le monde adulte, dans la citoyenneté, à partir de quinze ans pour les plus précoces. Les études durent jusqu'à l'âge de vingt ans, mais peuvent se poursuivre encore après cet âge là.
Comme le dit Henri-Irénée Marrou, "il n'y a pas de rhétorique proprement latine : cet art existait, inventé, de plus en plus perfectionné, par les Grecs" (p.89). Là encore, donc, elle a calqué les écoles supérieures grecques, leur mode éducatif.
Ainsi, l'élève est soumis tout d'abord à une longue série d'examens préparatoires, puis doit faire des discours fictifs sur un sujet donné par le rhéteur, et récité en public. Cet exercice comporte deux sortes de discours. La "suasoire" (p.90) met en valeur l'éloquence et traite souvent de sujets historiques. Quant à la "controverse d'ordre judiciaire" (p.90), c'est une plaidoirie définie en fonction d'un texte de loi. On a souvent reprocher à cet enseignement d'être éloigné de la réalité, de ne pas se préoccuper de problèmes concrets. D'autre part, Cicéron militait pour un enseignement plus généraliste, avec une ouverture, sur le droit et la philosophie. Si la philosophie, la médecine, les mathématiques ont été délaissées par les Romains, la véritable et seule originalité des écoles latines par rapport aux écoles grecques, est l'enseignement du droit. Les écoles de droit, qui se sont développées à la génération de Cicéron, attirent de nombreux jeunes romains qui aspirent à faire carrière. Le magister juris, le professeur de droit, est plus un praticien qu'un maître. Il invite ses étudiants à le suivre lors des consultations juridiques, et leur enseigne les pièges à éviter, les conséquences de tel ou tel acte.
7. L'œuvre éducatrice de Rome
On l'a donc vu, il n' y a pas d'originalité proprement latine dans le système éducatif. Ce chapitre soumet une question : qu'est-ce qui fait la grandeur de Rome sur le plan culturel ? L'auteur y répond à la page 99 en écrivant: "la grandeur de Rome repose sur le fait qu'elle a réussi à diffuser cet pédagogie à travers le temps et l'espace".
Certes, Rome n'a pas créé de civilisation nouvelle, mais elle a largement contribué à implanter la civilisation hellénistique dans le monde méditerranéen. Le rôle historique de Rome a donc été d'implanter des écoles, ses langues, sa culture dans les pays conquis. La politique de romanisation de l'Occident a fonctionné. L'Espagne a été romanisée vers le Ier siècle avant J-C. En Afrique, le processus de latinisation débute sous César, et plus tard, on y rencontre des grammairiens, des rhéteurs. En l'an 48, les Romains affirment que la Gaule est en passe d'être civilisée. La romanisation touche aussi la Grande-Bretagne, les Balkans. Les Romains éduquent les enfants des pays soumis.
Cependant, il y a des limites à cette romanisation. La culture, dans les pays soumis, comme à Rome, continue d'être inculquée aux riches familles, mais les classes populaires et les ruraux sont oubliés de ce processus et auront du mal à l'accepter par la suite.
Mais il est vrai que l'ensemble de l'Empire couvre un réseau assez dense d'écoles, d'enseignants, d'un niveau inégal. On trouve forcément les meilleurs écoles dans les grands pôles urbains. En Afrique, c'est à Carthage que l'on trouve matière à s'instruire. En Gaule, Marseille et Autun ont des écoles réputées au Ier siècle. Bordeaux en une au IVème siècle. En Italie, on en trouve à Naples et à Milan, mais les meilleures se trouvent à … Rome, inévitablement! La capitale accueille les professeurs les meilleurs, et est un haut lieu de culture.
La suite (et fin) fera l'objet d'un nouveau billet.
15:09 Publié dans L'oeil, la lettre et l'oreille | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

