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jeudi, 08 mai 2008
Journalisme et temporalité
Je suis un dévoreur de médias, d'informations. Je ne peux pas m'en passer : que ce soit à la radio, dans la presse, sur internet voire à la TV, je passe un certain temps lire, écouter, regarder... Et j'ai bien conscience que le métier de journaliste est entrain de changer considérablement : premier facteur changeant, la temporalité.
Aujourd'hui, nous sommes informés de ce qui c'est produit il y a dix minutes à peine. Il y a encore dix-vingt ans, c'était tout à fait impensable, et surtout, pas dans la culture collective. Aujourd'hui, à l'heure d'Internet, de l'info en temps réel, des newsletter, des minis-infos tous les sept minutes, des journaux qu'on te tend avant de s'engouffer dans le métro, il est impossible de ne pas échapper à ce type d'info : l'info instantanée, brute, presque brutale. C'est cette information qui est la plus lue, la plus vue, la plus entendue, mais c'est également celle-ci qui est la plus rudimentaire... Alors pourquoi ce billet ? Pour dresser un réquisitoire contre la technologie, qui change les habitudes et le mode d'information de l'homme ? Certainement pas. Pour critiquer de façon virulente les journaux gratuits ?
Non plus, je pense que ceux-ci ont des qualités et des défauts…
Il me paraît évident que le média qui a le plus de mal a lutter, ou à évoluer contre ce changement, est la presse quotidienne, la noble presse quotidienne… Ces journaux historiques, Libé, Le Monde, Le Figaro, sont en crise identitaire (et je ne parlerai pas ici des crises économiques).. Toujours respectés, considérés par certains comme la source d'information la plus fiable, la presse écrite est cependant moins lue. 2 millions de lecteurs se sont évaporés en un peu moins de dix ans… La faute à qui ?
Tout d'abord, il est évident que la plupart des gens se contentent de l'info gratuite, que l'on leur donne dans la main. Pour bon nombre d'entre eux, c'est suffisant, d'autant qu'acheter un quotidien est cher (et comme son nom l'indique, il est fait pour être lu tous les jours) : de 1€ à 1,30€, ce n'est pas donné, et en plus il faut aller le chercher (rares sont les lecteurs qui bénéficient du portage à domicile). Il y a donc une difficulté d'accessibilité face à la facilité des gratuits, de l'info en temps réel.
Autre facteur, cela prend du temps.
Et il faut en avoir du temps, pour lire un journal comme Le Monde de A à Z. Mais pourtant, lire un journal est agréable et comporte de nombreux points qui les différencie avec l'info en temps réel, qu'on ne choisit pas. Avec le quotidien, on peut commencer à la page que l'on souhaite, lire les articles qui nous intéressent, une sélection quasi-naturelle s'opère. Ces journaux comportent comme tout autre média une information brute, bien que souvent plus complète, mais pas seulement, puisque de nombreux débats, réflexions, analyses permettent au lecteur d'aller plus loin.
Or, on remarque que lorsqu'on tend un journal à quelqu'un qui n'a pas l'habitude d'en lire, il est souvent attirer par ces pages là, moins standardisées.
Les journaux commencent à le comprendre : il ne serre à rien de sortir un journal pour ressasser ce qui a été dit la veille, ça n'est plus leur fonction. Ils doivent désormais l'enrichir, multiplier les points de vue, la diversifier. Bref, se démarquer encore plus que précédemment.
Mais venons en au métier de journaliste. Que sera le journalisme du XXIème siècle ? On a souvent l'impression que le journaliste d'aujourd'hui est bien plus "coincé" que celui d'hier. Je m'explique : il ne pose pas assez les questions qui fâchent, mais relate plutôt l'expression de l'opinion publique du moment... Face à cette temporalité qui va toujours plus vite, et face à la demande d'une information toujours plus rapide, concise, mais assez complète, le journaliste est tiraillé entre le choix d'informer et celui de faire réfléchir… Et il est généralement difficile d'allier les deux.
Cette mutation du temps et des technologies entraîne un changement radical du métier de journalisme, et je dirai même, des métiers du journalisme. Un exemple, la télévision. Depuis quelques temps, les équipes se réduisent : avant, pour faire un reportage, on avait besoin, d'un journaliste rédacteur, d'un caméraman, d'un preneur de son, d'un éclairagiste et d'un monteur. Certes, cela demandait de nombreux moyens, mais le rendu était bien meilleur : une qualité d'image, de son et d'éclairage garantie. Aujourd'hui, les équipes sont constituées deux personnes, voire d'une seule… Le journaliste, se retrouve à la caméra, au son, puis doit faire en suite le montage, tout en faisant son métier initial,celui de "faire un sujet".. Vous l'avez compris, moins de moyens, une finition moins pro, telle est l'évolution de ce métier… Ce n'est donc pas que la presse qui est touchée par une crise identitaire, la télévision également…
Tout ça pour dire, qu'il est nécessaire de rester vigilent. Que les journalistes du Monde soient en grève car de nombreuses suppressions de postes (1/4 des journalistes !!!) sont envisagées pour redresser l'économie de l'entreprise n'est pas anodin. Telle est la situation aujourd'hui : on demande au journaliste de faire le même travail, avec la même qualité, mais avec moins de moyens à sa disposition… Cela ne tiendra pas longtemps.
Pourtant, la filière journalistique intéresse de nombreux jeunes, et être journaliste devient de plus en plus ardu : la plupart des nouveaux journalistes sont recrutés à Bac +7. Alors certes, ils sont très érudits, savent beaucoup de choses, mais je reste assez sceptique face à cette surenchère aux diplômes. D'ailleurs, avoir un bac +7 ne garantit pas de devenir un bon journaliste, loin de là ( mais ça peut aussi aider, je ne le nie pas). Les anciens le disent souvent, les nouveaux journalistes sont bien plus formatés qu'avant…
Résumons donc : une temporalité qui change les habitudes du "client" (lecteur, auditeur, téléspectateur), qui change la façon de produire de l'information, qui change le métier de journaliste, et qui change le mode de recrutement des journalistes… Les médias sont effectivement dans une période charnière, c'est le moins que l'on puisse dire. Je souhaite juste que dans dix-vingt ans, on puisse informer et s'informer aussi bien qu'aujourd'hui, voire mieux… Mais les évènements présents ne peuvent que susciter l'inquiétude. Pour aller dans ce sens, on a besoin de l'information brute, très utile, mais on a besoin également d'une information réfléchie, celle de la presse quotidienne, de la radio, de la télévision. Or c'est actuellement ce dernier type d'information, en pleine mutation, qui pourrait à terme être amener à disparaître. Le métier de journaliste, n'aurait alors, je crois, plus beaucoup de sens.17:40 Publié dans Hors-Champs | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
D'accord avec toi sur le fait que la temporalité défavorise la presse quotidienne: elle peine à trouver sa place.
Ecrit par : Eric | dimanche, 18 mai 2008
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