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mardi, 13 mai 2008

En Italie, virage à droite

Politikele vous propose de découvrir le nouveau visage de la droite italienne.

Silvio Berlusconi est de retour au pouvoir, bien aidé par la Ligue du Nord, le parti xénophobe d'Umberto Bossi. Qu'est-ce que la Lega ?

A Rome, à gauche depuis la fin de la seconde guerre mondiale et la chute de Mussolini, la victoire du cinquantenaire Alemanno, aujourd'hui au PDL, parti de Berlusconi, est un véritable séisme politique.  

A Rome : qui est Alemanno ?

Mais qui est cet homme : un article de Libération, au lendemain de sa victoire, relate son passé .

"L’accession à la mairie de Rome représente, à 50 ans, une véritable consécration. Il est passé des catacombes au Capitole, sortant définitivement de la marginalité politique pour la reconnaissance publique. Inscrit dès 1971 au Mouvement social italien (MSI, néofasciste) de Giorgio Almirante, il a en effet passé ses jeunes années dans les groupes d’extrême droite violents. Surnommé Lupamanno (contraction de loup et d’Alemanno) il a plusieurs fois été arrêté pour des agressions présumées. En 1982, il est incarcéré pendant huit mois pour avoir lancé un cocktail Molotov contre l’ambassade de l’Union soviétique à Rome. Il sera par la suite relaxé. A la tête du Fronte della Gioventù à partir de 1988, il incarne rapidement le courant social et populaire du mouvement néofasciste. Mais le MSI reste exclu du pouvoir. Ce n’est qu’avec les affaires de pots-de-vin qui, dans le cadre des opérations «Mains Propres», balaient la classe politique traditionnelle que les néofascistes parviennent en 1992 à sortir de l’ombre.

Dans le sillage de Gianfranco Fini, Alemanno participe à la création d’Alliance nationale (AN) qui rompt avec la tradition fasciste et se prononce pour une droite conservatrice et nationale. Il sera élu député puis pendant cinq ans ministre des Politiques agricoles du gouvernement Berlusconi. Ses adversaires de gauche lui reconnaissent alors sa défense des paysans, son combat contre les OGM et son recentrage politique. Alors que son ancien compagnon de parti et de courant de la droite sociale Francesco Storace décide de quitter AN jugée trop molle, Alemanno lance en 2007 «basta avec les vieux slogans, notre modèle c’est Sarkozy».

                                                            http://www.liberation.fr/actualite/monde/323749.FR.php

 

Il défend Gianfranco Fini lorsque celui-ci déclare que «le fascisme a été le mal absolu» , mais il ne retire pas pour autant la croix celtique qu’il porte autour du coup. En campagne électorale pour la mairie de Rome, il tonne contre les clandestins, réclame la «tolérance zéro» et fait de l’insécurité le thème central de sa campagne. Entre les deux tours, Alemanno refuse l’apparentement avec Francesco Storace sous la pression de la communauté juive, tout en lâchant : «A propos de Storace, les juifs exagèrent»."

Le plus choquant, est qu'il a finalement été élu sur le thème de l'insécurité et rien d'autre. On se souvient que la campagne des municipales à Rome a été notamment marqué par un fait divers sordide commis par un roumain sans-papier…  Les électeurs italiens sont, semble-t-il, dans le désarroi complet. Le nouveau Parti Démocrate n'a pas réussi à rassembler les électeurs de gauche et du centre, à Rome comme lors des élections législatives. Or, comme Alemanno à Rome, la Ligue du Nord a joué sur ce thème durant toute la campagne.  Mais venons en au niveau national, et à ce succès surprenant de la Ligue du Nord, qui détient les clés de la stabilité du nouveau gouvernement.

Qu'est-ce que ce parti de la Ligue du Nord ?

Le journal italien, Corriere de la Serra, nous aide à comprendre :

"Le succès électoral de la Ligue du Nord [qui a obtenu plus de 8 % des voix lors des élections des 13 et 14 avril] semble avoir déconcerté et étonné de nombreux analystes. A l’exception d’une poignée d’observateurs attentifs du phénomène, la Lega est encore perçue par les commentateurs politiques comme un objet mystérieux, une énigme. En dépit de son histoire déjà vieille de vingt ans et de son enracinement territorial, elle continue à être davantage jugée sur les intempérances verbales récurrentes de ses leaders que sur sa nature.
Le réflexe pavlovien consiste encore à la reléguer sous l’étiquette de mouvement protestataire. C’est en partie dû à la difficulté de comprendre ce qu’est vraiment un parti régional ou territorial. Un parti régional est un parti qui échappe aux classiques étiquettes “droite” et “gauche” en s’imposant comme porte-parole d’une certaine portion du territoire, dont il aspire à avoir le monopole de la représentation. C’est un parti qui transcende les classes sociales. C’est un parti communautaire, un parti-communauté.

Pour un groupe politique de ce type, avoir un rôle dans le gouvernement national est important, mais seulement si cela peut rendre plus efficace son action en faveur de la communauté territoriale qu’il représente. Sa véritable force réside dans le contrôle des administrations locales et dans une présence diffuse jusque dans les moindres recoins de son territoire. On ne peut comprendre la Ligue du Nord si on ne tient pas compte de la capacité de son leader, Umberto Bossi, à impulser au fil des ans l’émergence et le développement d’une classe dirigeante locale – de jeunes administrateurs, souvent habiles, capables de se tenir à l’écoute des demandes de leurs administrés." (www.courrierinternational.com)

D'où l'exigence de la Ligue du Nord de s'occuper de la politique d'immigration, de la sécurité ou encore de la fiscalité, au Gouvernement.

Le journal La Repubblica renchérit, le 9 mai (in courrier international, toujours) : "L'équipe gouvernementale dirigée par Silvio Berlusconi a prêté serment le 8 mai. Sa composition avait été annoncée la veille : une équipe restreinte de douze ministres résolument à droite. Parmi eux se trouve Umberto Bossi, chef du parti populiste la Ligue du Nord, qui occupe le poste de ministre des Réformes. Le quotidien rappelle que l'un des projets phares de Bossi est la mise en place du "fédéralisme fiscal" en vertu duquel les régions les plus riches reverseraient moins d'impôts aux plus pauvres."

On retrouve également la Ligue du Nord à l'Intérieur ainsi qu'au ministère de l'agriculture… Les Italiens risquent de déchanter bien vite.

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