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mercredi, 21 mai 2008
Accompagnement à la scolarité, l'envers du décor
S'il y a bien une politique que le(s) gouvernement(s) délaisse, c'est selon moi la politique sociale... Pire, on dirait que ce mot, "social", est presque devenu un gros mot.
Depuis le passage de Jospin à Matignon, est développé dans les quartiers en difficulté l'accompagnement à la scolarité, qui a ensuite changé de nom, mais le principe en est toujours le même : il s'agit d'une structure permettant aux enfants de venir deux fois par semaine pour y travailler et enrichir leur culture, via des activités ludiques telles le théâtre, la comédie musicale, le dessin, la musique, la lecture… Bref, l'objectif est que l'enfant fasse ses devoirs, puis découvre des activités en compagnie d'intervenants. Désireux d'aider les "petits jeunes", je suis devenu intervenant.
De prime abord, l'équipe, constituée d'étudiants motivés, d'une directrice dynamique, qui a l'air d'avoir de la bouteille, me plaît. Seulement nous avons tous vite déchanter...
J'ai senti de suite que notre organisation nous empêcherait de faire du bon travail. Les enfants, qui ont entre six et onze ans, ont déjà d'énormes lacunes scolaires (certains n'arrivent pas à lire, à écrire, ne font pas la différence entre un sujet et un verbe, ne maîtrisent aucune règle d'orthographe), et certains des difficultés comportementales (rejet de l'autorité, difficulté à se concentrer, à se cannaliser…).
Nous n'étions pas assez nombreux pour travailler efficacement : cinq gosses par intervenant, cela fait un peu trop, car ce public demande tout simplement beaucoup d'attention (surtout si les intervenants n'ont en plus pas ou peu d'expérience dans ce domaine). De plus, nous n'étions pas aidé par une directrice qui a finalement décrété que son rôle consistait à gueuler quand il y en avait besoin…
Une séance dure deux heures, et cela passe très vite ! En deux heures, les mômes disposent d'un temps pour jouer-goûter, doivent faire leurs devoirs, et peuvent ensuite participer à une activité culturelle… Comme nous manquions d'intervenants, inutile de vous faire un dessin , même avec la meilleure volonté du monde, c'était vite le bazar ! Les enfants ont particulièrement besoin d'un cadre, de limites claires et fixées avec eux. S'ils ne les ont pas compris, il ne savent tout simplement pas pourquoi ils sont là : "est-ce que je dois travailler ? Est-ce la récréation ? Ou les deux ???"… Pas facile.
Toute l'année a été de plus en plus chaotique, les enfants profitant de toutes les failles, les intervenants se trouvant vite dépassés. Dans les bons jours, ils pouvaient bosser trente minutes dans le calme… Mais, à la fin de chaque séance, nombreux sont ceux qui rentrent en n'ayant pas finis leur devoirs.
Alors quand j'entend le gouvernement se targuer d'organiser de telles structures dans les cités, et dire que cela fonctionne très bien, ça me fait doucement marrer… On n'apporte rien, ou presque rien, à ces gosses.
Pourquoi ?
On ne forme pas les intervenants, on ne les "accompagne" pas. Savoir gérer un groupe d'enfants, d'adolescents, ça s'apprend. Pas dans les livres, mais sur le terrain. Et ça n'est surtout pas de la science infuse. Travailler dans le social n'est absolument pas valorisé, sous-payé, et de plus, on constate un déficit de professionnalisation qui cause un grand préjudice à la qualité du travail effectué.
Mais je finis mon histoire… Au fil des semaine, le climat social du quartier s'est quelque peu envenimé. Du coup, il est arrivé que des voitures d'intervenants soient brûlées, ou encore que des projectiles tels des cailloux soient lancés sur la structure… Les intervenants sont peu à peu tous partis, la directrice a demandé à être mutée, l'accompagnement à la scolarité a cessé… et ne sera pas renouvelé l'année prochaine. Et ce centre n'est pas le seul dans cette situation : la même structure mais pour un public adolescent (douze-dix-huit) a du fermer au bout de deux mois à peine, faute d'intervenants…
Pourtant, il s'en est fallu de peu pour que les choses se passent bien : deux-trois intervenants de plus, une journée de formation, et la structure tournait.
Au final, les perdants sont évidemment les enfants : au mieux, ils ont passé de bons moments, au pire ils se seront ennuyés, mais une chose est sure, pratiquement aucun n'a progressé dans sa façon de travailler. Ces enfants, qui ont déjà un sacré retard (dès le CP), vont couler au collège, s'ils y vont. Et ce n'est pas au sein de leur famille qu'ils combleront leur retard, les parents étant (dans le centre social où j'étais) presque tous illettrés, ils ne peuvent absolument pas aider leur gamin de huit ans. Ces enfants vivent donc seuls leur scolarité, dès l'âge de sept-huit ans … et la délaissent inévitablement.
Il est temps d'agir, de réagir, de faire quelque chose ! On ne peut pas laisser ces enfants, qui ont tous à un moment donné envie d'apprendre, et surtout envie de bien faire, dans une telle solitude… C'est lâche et triste.
Ce fut donc une expérience, certes enrichissante humainement, mais terriblement frustrante. Dès lors que les intervenants-étudiants seront, au moins suffisamment nombreux, et, au mieux, accompagnés par des personnes professionnelles compétentes, l'accompagnement à la scolarité pourra être bénéfique pour ces enfants. Aujourd'hui, ça n'est pas le cas... Que dire de plus ?
00:32 Publié dans A Toulouse | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : social, quartiers, politique


Commentaires
J'ai connu cela, moi aussi, il y a quelques années.
Quel drames que ces enfants qui sont déjà largués alors qu'ils ont normalement la vie devant eux.
Ecrit par : Benoît L. | mercredi, 21 mai 2008
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