mercredi, 11 février 2009
Le quarantième...
Je me réveille, assez tardivement, mais... Mieux vaut tard que jamais ! Pourquoi je me réveille, au juste ?
Depuis quelques mois, des choses ont changé... D'un point de vue local, pas trop (je sens que je vais faire plaisir à Pinocchio !), quoi que de nombreux projet me paraîssent intéressants, je pense aux écos-quartiers, notamment.. Au niveau national, ça va pas fort... Les Français manifestent, après presque deux ans de sarkozysme, ils sont mécontents. D'ailleurs, j'ai moi-même participé au rassemblement du 29 janvier, car je trouvais important d'être là. J'ai parcouru la manif' : que de monde, et que de profesions présentes ! Des pompiers, des fonctionnaires, des étudiants, des journalistes, des vieux, des lycéens, des délocalisés, des chômeurs et même... des policiers ! 2007 n'est pas si loin.
Il fut un temps où le candidat Nicolas Sarkozy promettait monts et merveilles à ses "chers concitoyens". Les slogans tapageurs : "travailler plus pour gagner plus", "ensemble, tout devient possible", et d'autres du même genre, les gens ne les ont pas oublier. Surtout le premier... A l'heure où la crise économique commence à toucher ce que les médias appelle "l'économie réelle", c'est à dire nous/vous/tout (au choix), et que le chomage augmente, on peut dire qu'il a du plomb dans l'aile, son "travailler plus pour gagner plus", à notre cher Président. Il a pourtant quelque chose de fascinant... L'art de la parade, peut-être... Une effet saupoudrage, aussi : tenez, dernièrement, les musées d'Etat sont devenus gratuits pour les moins de 25 ans : super ! Ou encore, autre cadeau, un quotidien gratuit pendant un an pour tous les jeunes de 18 ans : génial !! Mais si on creuse un (un tout petit peu) on trouve facilement un budget famélique pour la culture ou encore une mise à mal de l'indépendance des médias. Et ce ne sont que deux exemples, pas les plus significatifs, sûrement, mais qui reflètent une certaine idée : Sarkozy nous a bien eu !
D'un point de vue mondial, l'horizon s'est éclairci, Obama est arrivé !!! Le monde a changé ??? Non, pas encore... Mais l'espoir d'avoir un président américain un peu plus pacifiste, raisonné et moins manichéen que son prédeceseur Dobeliou, on le ressent, on est content de le montrer. Cet homme a un fort pouvoir d'attraction : la preuve, deux millions de personnes se massent pour assister à la bénédiction du nouvel élu, et moi même, intrigué, je n'ai pas pu m'empêcher de regarder ce symbolique moment historique.. Vous avez vu, comme par hasard, le jour de son investiture, les chars israeliens se retiraient petit à petit de Gaza. Simple coïncidence ? Il serait naïf de le penser... Cette guerre a été/est/sera terrible... La réaction disproporsionnée du gouvernement israelien, les tirs de roquettes du Hamas, les prises d'otages, les morts, enfants tués.. Je crois que je ne m'habituerai jamais à ce genre d'images. J'ai lu dernièrement un petit bouquin d'Amos Oz, écrivain et homme politique, qui s'intitule "Aidez-nous à divorcer !", dans lequel il prône la constitution de deux Etats et se montre très critique à l'égard des Européens. C'est vrai, les Britanniques et les Français ont fait n'importe quoi... Comment peut-on à la fois promettre aux Juifs et Arabes un Etat en Palestine et en même temps établir des mandats pour stabiliser la région et établir la paix. Fausses promesses intenables, sous couvert d'intérêts pétroliers... Les mandats britanniques et français au Proche-Orient n'ont pas aidé à renforcer la paix dans cette région, bien au contraire. Mais ceci est une autre histoire.
En attendant, je vous laisse avec un petit texte de Fred Vargas, qui interpelle :
"Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes.
Mais nous y sommes. A la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue. Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est –attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille- récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde. Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être. A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore."
Fred Vargas
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