jeudi, 28 mai 2009
A situation chaotique, torts partagés
Je souhaite ici revenir sur un mouvement partiellement médiatisé, souvent de manière caricaturale, et plus spécifiquement à celui de l'université Toulouse II-Le Mirail. Au Mirail, on a l'habitude des mouvements de grève, monnaie courante dans cette université, dernier bastion de la conscience politique et citoyenne et de la gauche extrême. Mais le mouvement de cette année dépasse de loin, par son ampleur et ses conséquences, graves selon moi, tous les autres menés depuis une dizaine d'année.
Initiée par les enseignants-chercheurs, la grève a été lancée fin janvier-début février, très vite suivie par les étudiants, qui ont bloqué l'établissement à partir du 5 mars. Dans ces conditions, peu de place pour les contenus pédagogiques et la question des examens s'est vite posée comme un enjeu politique de part et d'autre.
A ce jour, les étudiants du Mirail passeront leurs examens, s'ils ne sont pas perturbés, en septembre, examens fantoches, puisque sans cours au préalable, pour sauver... la face. Alors à qui la faute, se demande-t-on ?
Déjà, le gouvernement, en premier ieu, n'a pas laissé de place à un dialogue, jouant sur le pourissement du mouvement. Paroles méprisantes, menaçantes, il s'est mis toute une communauté à dos, sans mesurer la profondeur de la fronde. Mais aussi les enseignants-chercheurs, réveillés deux ans trop tard, et qui ont un rôle assez ambigu dans ce mouvement. D'un côté initiateurs, de l'autre passifs et donc ralentisseurs, ils se sont faits surtout remarqués pour leur grève sans conséquence sur leur salaire, ce qui est selon moi intolérable. Pourtant, bon nombre de leurs revendications sont légitimes, intéressantes et mériteraient d'être regardées d'un peu plus près par l'Etat. Les professeurs, mécontents, pratiquent aussi la rétention des notes du premier semestre, ce qui fait qu'à ce jour, la validation du premier semestre est elle aussi incertaine, malgré un contenu pédagogique irréprochable. Divisés, les enseignants-chercheurs n'ont jamais su donné une impulsion à ce mouvement.
Venons en à présent aux bloqueurs. Leur mode de fonctionnement et d'action est pour le moins abérrant, leurs revendications parfois extravagantes, voire utopiques (suppression de la loi LRU, votée en... juillet 2007!), mais ils sont redoutablement bien organisés et il faut le dire, leurs AG réunissent chaque mardi 1500 à 2000 étudiants, qui pour la plupart sont favorables au mouvement. On ne peut pas dire qu'ils sont illégitimes, mais par contre il est évident qu'ils abusent de leurs pouvoirs. Le blocage, qui selon moi est mortifère pour une université, a pourri la situation et éloigné les enseignants des étudiants. Un blocage de trois mois est inconcevable dans de nombreuses universités françaises, mais au Mirail, c'est possible !
La responsabilité en incombe également à la présidence de l'université, incapable de prendre des décisions courageuses. Daniel Filâtre, le président de l'université, a réagi au bout d'un mois et demi de blocage, ce qui était déjà trop tard. Il n'a jamais osé organiser un vote par référendum avec carte étudiante, de peur qu'il y ait des débordements (cela avait été le cas l'an dernier). En ne proposant aucune alternative au fonctionnement des Assemblées Générales, il a d'une certaine manière légitimer ces mês AG. Il n'est jamais venu s'exprimer devant les étudiants, préférant utiliser des communiqués... Quel courage, Monsieur Filâtre ! De même, sa décision de reporter les examens en septembre est selon moi criticable, car elle menace également le bon déroulement de l'année 2009/2010 qui débutera vraissemblalement dans le courant du mois de novembre.
Un gouvernement méprisant qui ne cède sur rien, un président frileux, des enseignants grévistes mais payés, inaudibles, des bloqueurs jusque boutistes, des antibloqueurs tout aussi jusque boutistes, des étudiants perdus qui ne viennent plus à l'université, voici tous les responsables, à des degrés divers, de la situation chaotique dans laquelle l'univrsité du Mirail se retrouve. C'est en effet pour l'instant la seule qui ne peut pas passer d'examens en juin, et on rigole d'avance quant au déroulement de la session de septembre... Le Mirail est encore une fois le dindon de la farce... Le pire dans tout ça, c'est que les grévistes n'ont rien obtenu. On peut d'ores ét déjà s'attendre à une année 2009/2010 agitée... Encore une...
12:46 Publié dans A Toulouse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Ecrire un commentaire